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Critique : The Knife – Tomorrow In A Year

The Knife – Tomorrow In A Year

The Knife est un duo Suédois électronique assez particulier sévissant depuis maintenant 11 ans. Les 2 membres, Karin Dreijer Andersson et Olof Dreijer sont frère et soeur.

Après avoir réalisé quelques albums tout aussi singuliers qu’originaux, The Knife nous revient avec la collaboration de Mt. Sims et Planningtorock pour leur dernier album en date, Tomorrow, In A Year. L’étiquette électronique est ici poussée à son paroxysme avec cet album hommage à Charles Darwin.

Ce double CD ou album à télécharger de 16 pistes en MP3 ou FLAC ressemble fort à une expérimentation sonore audacieuse et difficile à cerner. Il est disponible sur le site officiel du groupe ou sur les plateformes de téléchargement comme amazon.fr ou iTunes au prix de 10 euro. On n’est pas vraiment dans une structure musicale connue et même les plus férus d’entre nous de nouveaux sons auront du mal avec cet album dans un premier temps.

L’intro de l’album nous prépare à un album ambiant torturé et strident pendant 4 minutes. Les synthés semblent être en berne et il est très difficile d’y trouver une quelconque logique musicale. Nos sens sont donc mis à contribution dès l’entame de cet album. Et ce n’est pas terminé, loin de là.

Epoch et Geology oscille entre des alarmes stridentes et un chant haut perché de Diva. Le titre est intriguant à plus d’un titre et on se surprend à reconnaître l’influence des années 80 dans la sonorité et le miasme sonore proposé par le duo. Les amateurs de Nausicaa retrouveront avec un grand plaisir les textures de synthés du film ainsi qu’un trame ressemblant à s’y méprendre au début du film. Planant et surtout décontenançant !

Upheaved poursuit l’exploration sonore d’un univers déjà barré et sonne plus comme une extension naturelle aux 2 premiers titres qu’à un titre isolé sur un album. L’album se veut donc conceptuel et entier et Minerals le prouve parfaitement avec une intensité accrue par rapport aux précédents titres, les sirènes se font plus stridentes, le chant plus accentué pour proposer une fin toute en intensité de ce paragraphe.

Ebb Tide Explorer ouvre donc un nouveau chapitre avec une ambiance moins pesante mais tout aussi expérimentale pendant les 7 minutes qui constituent le titre. Le chant est masculin cette fois-ci. Il est également plus dramatique et hypnotique. Ces errances sonores nous pénètrent et non contentes de nous mettre mal à l’aise, elles nous font réfléchir. Evidemment il faut rentrer dans le trip, ce qui n’est pas foncièrement évident je vous l’accorde, pour pouvoir profiter au maximum de cet album.

Variation of Birds commence comme un encéphalogramme plat et reprend peu à peu vie pour nous envoyer des décharges sonores destinées à nous réveiller et simuler les variations d’oiseaux. On n’est pas très loin de l’expérimentation effectuée par Trent Reznor avec Ghosts au niveau sonore. Le chant est une nouvelle fois off tempo mais reste calé sur les oscillations du synthé. Le final est presque lyrique avec une excellente osmose entre les voix masculine et féminine. Un très bon titre !

S’ensuit alors un titre barré avec une simulation de cris d’oiseaux complètement alambiquée et surprenante. Un passage OVNI sur l’album. L’ambiance ne retombe par la suite avec des bruits et autres sons dignes de grillions pour créer un essaim varié et bourdonnant. La pluie vient dès lors dispersé ce joyeux bordel pour laisser place au vent et à notre propre solitude.

Le vent va alors s’engouffrer dans l’Annie’s Box pour le début du second CD. Les sons s’y cognent et s’y entremêlent, le chant lyrique est de retour. Même si on se sent plus à l’aise est moins libre à nous même, les cordes nous renvoient à la mélancolie et au dépouillement de soi. L’esprit est plus mystique grâce aux sonorités celtiques qui émanent de cette chanson. Mais il s’agit pourtant du calme avec la tempête.

Tumult est un titre sombre et pénétrant comme son nom l’indique. Les sons sont plus glauques et Blair Witch’esque. Quelques percussions arrivent dès lors et nous lancent carrément vers une ambiance tribale. Colouring of Pigeons est un titre sublime. Les arpèges lyriques sont parfaitement contrebalancés par les complaintes lointaines et incantatoires. Les 11 minutes du titre sont un véritable hymne à la découverte de rites ancestraux. On commence donc par de sublimes cordes pour retrouver une nouvelle voix digne de Sinnead O’Connor qui nous amène vers de nouvelles latitudes. Le tout est accompagné par une duo de voix nous faisant penser à Peter Gabriel et donc à Sinnead. Le climax du morceau est atteint à la 7ème minute pour redescendre tranquillement jusqu’à la fin du titre. On retrouve alors nos sons stridents et mornes pour clôturer le premier CD magistralement.

Seeds est déjà plus consensuel et dans la norme. Le titre fait indubitablement penser aux débuts de Futur Sound Of London avec une trame plus basique et calibrée pour les ondes. On est quand même loin d’un tube radio de grande ampleur mais le titre est plus accessible que les précédents, c’est une évidence.

Le titre éponyme de l’album est un brillant exercice de percussions et de sons ambigus faisant monter la pression via un pattern classique mais rudement bien mené. Les chants lyrique et masculin reprennent leur envol vers la moitié du titre. L’exercice de style est périlleux mais mené brillamment par cet entrechevètrement de psaumes et de percussions. Sublime tout simplement !.

The Height of Summer est un très bon titre qui ressemble à s’y méprendre à du Josh Wink et du Erasure en version smoothie. C’est délicieux et parfaitement digeste. Le vide des années 80 est toujours là mais plus dans l’esprit New Wave et électro pur. Sans doutes le titre le plus vendeur de l’album.

L’album se termine sur une version alt. Vocal du sublime Annie’s Box. La voix est celle entendue sur Colouring of Pigeons, un gage de qualité donc. C’est une très belle conclusion pour ce double album attendu et au final qui aura répondu parfaitement à nos attentes.

Que dire de plus sur cet album que je n’aurais pas indiqué précédemment sur mon ressenti titre par titre ? Et bien, cet album est tout simplement excellent et mérite largement d’être découvert, acheté et apprécié par la plupart d’entre vous. Si cette chronique peut paraitre dithyrambique, c’est que cet album n’est pas simplement une expérience sonore hors du commun, c’est aussi un excellent outil de réflexion et d’ouverture de ses propres barrières internes. Cet album nous fait sortir de notre carcan habituel de n’être qu’un simple auditeur passif. On devient dès lors acteur de notre propre voyage via le cheminement presque mystique de ce double CD.

On est très loin du trip Blueberry et il n’est pas nécessaire de s’aider d’artifices alcoolisés et narcotiques pour pouvoir pénétrer dans cet univers où rien n’est fait pour nous faciliter la tache. Pour ceux qui auront le courage de se laisser bercer et envouté par cet album, je vous souhaite bon voyage !

Achat:

Vous pouvez acheter l’album sur iTunes.

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Loutre Perfide

Vieux con qui cherche à faire découvrir quelques perles dans tous les domaines.

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